Lorsqu’une personne décède, il n’est pas rare que plusieurs héritiers deviennent propriétaires ensemble d’un même bien immobilier. Maison familiale, appartement ou terrain : avant que la succession ne soit définitivement réglée, ces biens se retrouvent généralement en indivision.
Dans de nombreuses familles, cette situation se déroule sans difficulté particulière. Mais lorsque les héritiers ne parviennent pas à s’entendre, la succession peut rester bloquée pendant de longues années. Un seul refus peut parfois empêcher la vente d’un bien, même lorsque celui-ci se dégrade ou génère des charges importantes.
Une évolution récente du droit français apporte désormais une réponse à certaines de ces situations complexes.
À la suite d’un décès, les héritiers deviennent collectivement propriétaires des biens composant la succession tant que le partage n’a pas été réalisé.
Cette période est appelée « indivision successorale ».
Concrètement, chaque héritier détient une quote-part des droits sur le patrimoine, mais aucun ne possède seul une partie déterminée du bien. Une maison héritée par trois enfants appartient ainsi aux trois héritiers ensemble jusqu’au partage.
L’indivision est censée être une situation temporaire. Pourtant, dans la pratique, certaines successions demeurent bloquées pendant des années en raison de désaccords entre les membres de la famille.
Les conflits successoraux naissent souvent de visions différentes concernant l’avenir du bien.
Certains héritiers souhaitent vendre rapidement afin de récupérer leur part d’héritage. D’autres préfèrent conserver le bien pour des raisons familiales, sentimentales ou patrimoniales.
Lorsque le dialogue devient difficile, les conséquences peuvent être importantes :
Ces situations concernent particulièrement les biens immobiliers, dont la gestion nécessite régulièrement des décisions importantes.
Le droit français distingue plusieurs catégories de décisions au sein d’une indivision.
Certaines mesures urgentes de conservation peuvent être prises par un seul indivisaire. D’autres décisions de gestion nécessitent une majorité déterminée.
En revanche, la vente d’un bien immobilier fait partie des actes les plus importants. À ce titre, elle relève traditionnellement du principe de l’unanimité.
Autrement dit, sauf exception prévue par la loi, tous les héritiers doivent être d’accord pour vendre une maison ou un appartement appartenant à l’indivision.
C’est précisément cette règle qui est à l’origine de nombreuses situations de blocage.
Afin de faciliter le règlement de successions particulièrement conflictuelles, une loi du 7 avril 2026 a modifié plusieurs dispositions relatives à l’indivision.
Parmi les évolutions les plus importantes figure la possibilité pour un indivisaire d’obtenir l’autorisation du juge afin de vendre seul un bien appartenant à l’indivision.
Cette autorisation n’est toutefois pas automatique.
Elle ne peut être accordée que lorsque deux conditions sont réunies :
Le juge apprécie ces éléments au cas par cas avant de rendre sa décision.
La réforme ne permet pas à un héritier de contourner librement l’accord des autres membres de l’indivision.
L’objectif est avant tout de résoudre des situations exceptionnelles dans lesquelles l’inaction risque de porter préjudice à l’ensemble des héritiers.
Le tribunal devra donc vérifier que la vente apparaît réellement nécessaire au regard des circonstances du dossier et qu’elle bénéficie à l’intérêt collectif de l’indivision.
Le juge appréciera chaque situation au regard des éléments qui lui sont présentés afin de déterminer si les conditions prévues par la loi sont réunies.
Cette nouvelle disposition ne crée pas totalement un mécanisme inédit.
Le législateur a choisi d’inscrire dans le Code civil une solution déjà reconnue par la jurisprudence de la Cour de cassation. La loi vient ainsi renforcer un outil destiné à éviter que certaines indivisions conflictuelles ne demeurent bloquées pendant de très nombreuses années.
L’objectif affiché est également de lutter contre les situations d’abandon de biens immobiliers qui peuvent résulter de successions non réglées ou de désaccords persistants entre héritiers.
Chaque situation successorale est unique.
Avant toute démarche judiciaire, il demeure généralement préférable de rechercher une solution amiable avec l’aide du notaire chargé de la succession.
Lorsque le dialogue est rompu ou qu’aucun accord ne peut être trouvé, différentes procédures peuvent être envisagées selon les circonstances du dossier.
L’intervention du tribunal peut notamment permettre de débloquer certaines situations lorsque l’intérêt commun des héritiers l’exige ou lorsque le partage de la succession devient impossible à réaliser à l’amiable.
La vente d’un bien immobilier détenu en indivision repose toujours, en principe, sur l’accord de l’ensemble des héritiers.
Toutefois, depuis la loi du 7 avril 2026, un indivisaire peut désormais solliciter l’autorisation du juge pour vendre seul un bien indivis lorsque une situation d’urgence le justifie et que cette vente répond à l’intérêt commun.
Cette évolution vise à faciliter la résolution des successions bloquées et à éviter que certains patrimoines restent immobilisés pendant de longues années au détriment de tous les héritiers.
Face à une succession conflictuelle, il reste indispensable de se faire accompagner par un notaire ou un professionnel du droit afin d’évaluer les solutions adaptées à chaque situation.
Rendez-vous sur Service Public :
Successions : de nouvelles règles pour faciliter la résolution des conflits
Accepter ou renoncer à la succession (option successorale)
Frais bancaires lors d’une succession : suppression des cas de gratuité
Photo de couverture : ©Yan Krukau de Pexels
